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Trouver sa juste place à 50 ans, le parcours de Sophie Gourion
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Trouver sa juste place à 50 ans, le parcours de Sophie Gourion

Ép. 24

"J'ai besoin de me sentir utile pour avoir envie de me lever le matin. C'est un fort moteur de motivation chez moi."

Le déclic de l’après-burn-out

Le burn-out a marqué la fin de 11 années passées dans une "prison dorée" de l'industrie cosmétique.

"C'était une entreprise florissante, très glamour. Et du coup, c'est dur de se dire, je vais m'en aller après 11 ans."

Ce qui aurait pu être un effondrement devient une nouvelle étape :

mon burnout a été un cadeau, je suis passée par des états lamentables où vraiment j'ai fait une vraie dépression, donc c'est très facile de dire que c'est un cadeau maintenant. Pour autant, je pense que sinon j'y serais encore et je serais aigrie à me dire voilà, je suis passée à côté de ma vie pro, peut-être que j'aurais été heureuse d'ailleurs. Donc sur le coup, ça a été hyper douloureux. En 2011, on parlait pas trop trop du burnout. Ou en tout cas, moi, les RH m'avaient fait comprendre que j'avais été fragile et tout. Donc on était beaucoup dans la culpabilisation de la personne fragile.

À 40 ans, au chômage, Sophie se pose une question simple : "Qu'est-ce que tu aurais envie de faire ?"

La réponse tient en un mot : écrire.

"Je n'ai pas fait d'école de journalisme parce que mes parents n'avaient pas les moyens. Ils m'avaient toujours dit, c'est un métier trop précaire et ils avaient raison."

Qu'à cela ne tienne, elle ouvre son blog "Tout à l'ego".

"J'ai étudié tout ce qui était marketing genré, le gender marketing, à savoir les téléphones pour femmes, les vélos pour femmes, le pain de mie pour femmes."

Cette entrée par le concret révèle progressivement l'ampleur des stéréotypes :

"On pourrait se dire juste c'est un emballage rose, faut pas aller chercher plus loin. Mais en fait, ça dit beaucoup des stéréotypes de genre qu'on met derrière le masculin et le féminin."

De blogueuse à conseillère ministérielle

Son expertise grandissante et ses publications attirent l'attention de Laurence Rossignol, alors sénatrice, qui la recrute comme chargée de mission communication au ministère des Droits des Femmes.

"Elle m'a contactée sur Twitter pour me dire, est-ce que ça vous dirait de travailler avec moi ?"

Un monde s'ouvre.

Seize mois intenses suivent, marqués par le lancement de la campagne "Sexisme, pas notre genre".

"L'idée, c'était déjà de porter dans la sphère publique le mot sexisme. Parce qu'à cette époque-là, en 2016, il n'y avait pas eu MeToo."

Une expérience "extraordinaire dans tous les sens du terme", qu'elle compare à "une machine à laver en mode essorage".

L'âgisme : être trop vieille à 45 ans

Mais le réveil est brutal. À la fin du mandat, Sophie se retrouve confrontée à une réalité qu'elle n'avait pas anticipée :

"Quand j'ai commencé à chercher dans la communication, je me suis rendu compte à ce moment-là que j'étais trop vieille, à 45 ans."

Son analyse est claire :

"À 25 ans, on m'avait dit 't'es trop jeune', à 30 ans, on m'a dit 'vous allez faire des enfants', à 35, 'vous avez fait vos enfants, donc maintenant, vous allez vous en occuper'. Et puis à 45, mes enfants sont grands, ont plus besoin de moi, moi ça y est, j'ai plus que moi à gérer, je peux être enfin égoïste. Et c'est là où on me dit non, c'est trop âgé."

Deux ans de chômage s'ensuivent, marqués par la dépression :

"J'avais cette espèce d'angoisse qui me prenait à la gorge en me disant mais qu'est-ce que je vais faire de ma vie."

Les métiers passion... et leurs limites

C'est dans cette période difficile qu'elle découvre l'accompagnement professionnel. Elle se forme et devient consultante en gestion de carrière pour Garance et moi.

Trois années d'un métier qu'elle qualifie de "formidable" et d'"usant" :

"C'est des métiers d'écoute, de care. C'est passionnant, mais c'est usant, surtout que moi, j'ai accompagné forcément beaucoup de femmes qui étaient en souffrance psychologique."

Déconstruire le mythe du "sens" au travail

Son expérience lui permet de démystifier l'injonction au sens :

"Quand elles arrivaient, elles voulaient un métier qui ait du sens, et donc c'était souvent chambre d'hôte ou travailler dans l'associatif."

Cette analyse s'étend aux métiers genrés :

"Étrangement, évidemment, c'est ironique, les métiers qui ont du sens, ce sont des métiers féminins, donc les métiers du care (...) mais c'est des métiers qui sont très précaires, qui sont pas reconnus financièrement."

L'arnaque de l'auto-entrepreneuriat féminin

Elle porte le même regard critique sur le travail indépendant :

"Tout le monde n'est pas fait pour être à son compte. Parce qu'on nous vend ça comme l'Eldorado."

Elle dénonce ce qu'elle perçoit comme une externalisation commode : "Ça déresponsabilise les entreprises."

"Les revenus moyens d'un auto-entrepreneur1, ça ne vole vraiment pas haut", rappelle-t-elle, pointant l'hypocrisie du discours sur l'entrepreneuriat féminin qui masque souvent une grande précarisation.

Refuser d'être la "maman experte"

Aujourd'hui autrice de livres jeunesse et d'un guide sur la carrière des femmes, Sophie refuse catégoriquement d'être cantonnée au rôle de témoin :

"Dans les médias au global, les femmes, elles sont interviewées beaucoup plus en tant que témoins qu'expertes."

Son exemple est parlant : contactée par une radio publique pour parler stéréotypes de genre, on lui demande de s'exprimer "en tant que maman", pas en tant qu'autrice. Sa réponse est ferme :

"Ça fait 10 ans que j'écris sur le sujet, je viens de sortir un livre, j'interviens en tant qu'experte ou pas."

Trouver sa juste place

À 52 ans, chef de bureau au département de Seine-Saint-Denis, Sophie a trouvé son équilibre :

"Je pense que j'ai trouvé ma place en faisant plusieurs activités."

"Le travail ne peut pas nous nourrir à 100%. Maintenant je vous le dis de façon un peu plus raisonnable, le travail ne peut pas tout nous donner."

Son message final résonne comme un conseil à sa jeune self :

"Si c'était à refaire, je pense que j'aurais plus confiance en moi. J'ai l'impression d'avoir perdu beaucoup de temps (...) C'est dommage d'avoir attendu 50 ans pour me dire finalement je suis à ma juste place, finalement je le vaux bien."

Un parcours qui interroge nos rapports au travail, à l'âge et à la légitimité, et qui rappelle que la reconnaissance professionnelle ne devrait pas avoir de date de péremption.


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Pour suivre Sophie Gourion :

  • Conférences / prises de parole : LinkedIn

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En 2025 : 5035€/trimestre d'après l'URSSAF.

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